Santé Suisse : la grande imposture de la « responsabilité individuelle »
60% des Suisses affirment que leur santé est avant tout une responsabilité individuelle. Pourtant, comment ces personnes si convaincues de leur souveraineté ont-elles réussi à abandonner la quasi-totalité de leur pouvoir de décision ?

60% des Suisses affirment que leur santé est avant tout une responsabilité individuelle. Ce mantra résonne dans chaque conférence santé sur l'arc lémanique. Pourtant, voilà le paradoxe : comment ces personnes si convaincues de leur souveraineté ont-elles réussi à abandonner la quasi-totalité de leur pouvoir de décision ?
Déroulons le parcours. Vous payez religieusement vos 545 francs mensuels si vous êtes genevois, 397 francs en moyenne nationale pour 2023, une hausse de 24% en trois ans. L'assurance-maladie est obligatoire : soit vous payez, soit vous passez par la case poursuites. Aucune négociation possible.
La maladie survient. Vous imaginez innocemment choisir votre médecin ? Erreur. Les modèles TelMed, Médecin de famille, HMO vous coupent l'herbe sous le pied. De toute façon, comme 40% des Suisses, vous avez opté pour la franchise maximum à 2'500 CHF et tremblez déjà devant la facture.
Où est passée la souveraineté promise ?
Ce parcours n'a strictement rien d'une « responsabilité individuelle ». C'est un labyrinthe kafkaïen où vous déléguez tous vos droits aux médecins, assureurs, fonctionnaires, chacun protégeant son pré carré. Les Suisses sont les deuxièmes plus gros contributeurs personnels de l'OCDE pour leur santé, juste derrière les États-Unis, sans jamais avoir leur mot à dire.
Tout le monde paie de plus en plus pour un système bureaucratique qui ne satisfait personne, ni le personnel soignant frustré, ni les bien-portants spoliés, ni les malades mal soignés.
L'absurdité persiste
En 2025, les primes ont encore augmenté de 6% en moyenne, les Romands trinquant le calice jusqu'à la lie. Le système vit ses dernières convulsions. Les politiques ont échoué : 30 ans de LAMal, très peu de réformes structurelles malgré un saupoudrage d'initiatives cantonales.
Et si nous reprenions vraiment le contrôle ?
L'étude MIS Trend, commandée par les organisateurs du Forum, le confirme : les Suisses veulent davantage de transparence et de maîtrise sur leurs dépenses de santé. Imaginons donc un système où vous alimentez directement votre compte personnel de santé, votre « wallet santé », focalisé sur la prévention, le bien-être et l'ambulatoire.

La vision : de l'opacité bureaucratique à la souveraineté sanitaire individuelle
Le mécanisme ? Simple.
Pour les salariés, co-investissement avec les entreprises qui y ont tout intérêt : des employés en meilleure santé, c'est moins d'absences et plus de productivité. Pour les bas revenus, solidarité étatique qui finance le compte de base. Pour les cas graves dépassant un certain seuil, une assurance mutualisée prend le relais. Vous pourriez enfin :
- Poser les bonnes questions au personnel soignant, sans pression de temps, car vous payez directement
- Éplucher minutieusement vos factures et exiger des explications sur chaque ligne
- Choisir réellement vos prestataires selon la qualité et le prix, pas selon des réseaux imposés
- Investir massivement dans la prévention plutôt que d'attendre la catastrophe sanitaire et financière
L'objection prévisible : « Et les maladies chroniques ? »
Soyons francs : une part significative des maladies chroniques découle d'habitudes de vie modifiables — sédentarité, alimentation, stress chronique. Si nous gelions le système à partir de 2026, chaque participant aurait une incitation puissante à investir dans la prévention, exactement comme un propriétaire d'immeuble rénove pour éviter des coûts futurs bien plus lourds.
La durabilité par la traçabilité
Ce système existe déjà partiellement ailleurs. Singapour l'applique avec succès via les comptes Medisave. En Suisse, quelques initiatives privées explorent cette voie : des plateformes permettant d'acheter directement des prestations de santé, en toute transparence. Blockchain et traçabilité suisses garantissent la sécurité des transactions, sans nécessiter la collecte de données médicales sensibles.
Le véritable enjeu : qui décide ?
Cette réforme ne profiterait pas qu'aux patients. Le personnel soignant, libéré des contraintes administratives absurdes, pourrait enfin se concentrer sur son cœur de métier. Les médecins de famille, aujourd'hui sous-payés et découragés, retrouveraient leur attractivité. La prévention, aujourd'hui parent pauvre du système car non rémunérée, deviendrait enfin rentable.
Si vous croyez vraiment à la responsabilité individuelle, donnez-nous enfin les moyens de l'exercer.
Source : Le Temps — Enquête MIS Trend pour le Forum Santé 2025. Franck Eric Tiambo, Managing Director, KimboCare SA — Participant au Forum Santé x Le Temps / Heidi.news 2025.
Chiffres cités avec leur source et leur année. Reproduction autorisée avec mention de la source.
Commentaires (3)
Analyse percutante. Le concept de 'wallet santé' est particulièrement intéressant — comment KimboCare envisage-t-il concrètement l'intégration de la blockchain pour la traçabilité des transactions ?
Article qui met le doigt sur un vrai problème systémique. La comparaison avec Singapour et le modèle Medisave mériterait un approfondissement — les contextes sont très différents. J'aimerais en savoir plus sur les initiatives privées suisses mentionnées.
En tant que médecin de famille, je confirme le constat sur les contraintes administratives. La question du financement de la prévention est cruciale — avez-vous des données chiffrées sur le ROI de la prévention en entreprise en Suisse ?